Exposition de peintures, sculptures, poésies et calligraphies


 

 

 

Cinq membres de Désirs d'école se sont réunis pour réaliser cette exposition. "Rencontres" est née autour d'un rêve commun d'une société plus humaniste.

 

Une société où l'écoute et la considération de l'Autre,la recherche de la poésie et de la beauté dans le quotidien, ne seraient pas réservées aux utopistes mais fondatrice, comme l'art,  de notre civilisation.

 

Nos choix artistiques, poésie, calligraphies, sculptures, peinture, dans leur diversité même, rendent hommage à la vie, sous ses formes les plus douces mais aussi parfois, les  plus cruelles...

 

 

 


 

Les sculptures de Carine Courant, ses couples, ses personnages qui marchent, dansent, sont un prolongement nous parlent d'un art de vivre.

 

L'artiste fait fondre la pierre comme on fait fondre la glace... A force de caresses, sous la main qui la polit des heures, des jours, des semaines durant, la pierre s'adoucit et nous invite à oublier la dureté de la vie pour découvrir la douceur du soleil sur un visage, la tendresse d’une étreinte, la joie d’une danse. Percevoir derrière l'immobilité des personnages, le mouvement qui les habite. Caresser d'un regard, d'une main ces courbes tentatrices, ces moments suspendus qui nous donnent de l’énergie d'aller de l'avant, à la rencontre de l'autre...


 

Pour Chantal Moulin s’il est un lieu de prédilection qui facilite la rencontre c’est « le jardin », cet  espace de poésie, de flânerie, d’échanges, de ressourcement, et surtout de leçon de vie. Comment ne pas être humble devant la force d’une graine ?  

 

Elle a choisi aujourd’hui de travailler sur le  thème « Un autre jardin est possible » qui symbolise ce jardin virtuel que nous créons à travers nos œuvres  multiples, et que nous allons faire fructifier tout le long de l’exposition à travers nos échanges. A travers ses tableaux, Chantal tente de résister à la noirceur de notre monde aujourd’hui. Si la beauté n’empêchera  pas le réchauffement climatique, la disparition des espèces, pourra t’elle avoir au moins une fonction consolatrice.

 


Rencontre d'un poète, Vincent Massart et deux artistes calligraphes, Josse Annino, Olivier Lejeune.

 

Les textes de l'un guident le geste des deux autres. Dans une même recherche de la beauté de l'instant, ils nous offrent en partage la force des trois vers d'un haïku et la fragilité d'une trace en noir et blanc.

A moins que ce ne soit l'inverse...

 

"N'arrivant plus à me dire, j'ai écrit ces courts poèmes, rigides et souples comme une canne d'aveugle pour tracer les contours du silence" nous dit Vincent Massart. "Tenter de faire entrer dans un écrins de 17 syllabes le reflet de l'automne dans le feuillage, le mouvement d'une couleuvre au pied de la roche ou l'ultime battement d'un cœur dans un hôpital."

 

Les calligraphies de Josse Annino accompagnent ces Haïkus du quotidien de "Seul devant ma vie" et leur offrent l'espace onirique de toiles en noir et blanc pour prolonger la rêverie... "Faire le vide en soi pour laisser la place aux mots de l'autre." nous dit-elle. En écho à leur longue gestation, la fulgurance du geste. Renoncer à la tentation des couleurs, rejoindre l'épure de la poésie."

 

Avec tendresse et malice, Olivier Lejeune s'est emparé des Haïkus érotiques et leur a donné corps sur sa palette graphique. Une série de sérigraphies intimes, elles aussi en noir et blanc,  a ainsi vue le jour et nous parlent à mi mots de notre "Langue amoureuse".

 

A travers ces deux installations, vous vous laisserez porter par la musique des mots,  bercer par la légèreté de mobiles où Haïkus et encres se répondent dans un éternel mouvement  pour laisser la place à l'autre...

 


La poésie sauvera-t-elle le monde ?


 

"La poésie relève d'abord d'un principe premier et fondateur d'incertitude.

Elle est donc d'abord un scepticisme, je veux dire une quête de l'ouvert qui récuse l’immobilisation tant dans le pessimisme arrêté que dans l'optimisme béat.

 

Elle nait du pressentiment que toute vue des choses, toute nomination, tout concept,

toute définition, pour indispensables qu'ils soient, tendent à clore le réel

et à en limiter la compréhension.

 

Là où l'histoire humaine, par nécessité, organise, classe, catégorise, fixe et ordonne,

elle récuse la segmentation et l'immobilisation du sens. Tout poème est un démenti à la donnée immédiate et objective puisqu'il se donne pour fonction de rendre sensible,

donc perceptible, ce que l'évidence obnubile."

 

Jean-Pierre SIMEON, la poésie sauvera le monde, le passeur éditeur, p.26/27

 

Photos surréalistes de Thomas Barbéy
Photos surréalistes de Thomas Barbéy

Une minute de poésie en images...

 

Juste pour le plaisir, ce montage de Thomas BARBEY

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Photos surrealistes.pps
Présentation Microsoft Power Point 4.0 MB

Nous avons découvert le POETIMATON,

un dispositif inventé et proposé par Emmanuel, et vécu en sa compagnie,

un moment plein de surprise, entre poésie et magie.

 

Des poèmes en partage...


ENIVREZ-VOUS

Il faut être toujours ivre.
Tout est là :
c'est l'unique question.
Pour ne pas sentir
l'horrible fardeau du Temps
qui brise vos épaules
et vous penche vers la terre,
il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi ?
De vin, de poésie, ou de vertu, à votre guise.
Mais enivrez-vous.
Et si quelquefois,
sur les marches d'un palais,
sur l'herbe verte d'un fossé,
dans la solitude morne de votre chambre,
vous vous réveillez,
l'ivresse déjà diminuée ou disparue,
demandez au vent,
à la vague,
à l'étoile,
à l'oiseau,
à l'horloge,
à tout ce qui fuit,
à tout ce qui gémit,
à tout ce qui roule,
à tout ce qui chante,
à tout ce qui parle,
demandez quelle heure il est ;
et le vent,
la vague,
l'étoile,
l'oiseau,
l'horloge,
vous répondront :
"Il est l'heure de s'enivrer !
Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps,
enivrez-vous ;
enivrez-vous sans cesse !
De vin, de poésie, d'amour ou de vertu, à votre guise."

Baudelaire, Le Spleen de Paris, XXXIII


Irruption, Josse Annino
Irruption, Josse Annino


Prière d'un petit enfant nègre de Guy Tirolien

 

Seigneur, je suis très fatigué.

Je suis né fatigué.

Et j'ai beaucoup marché depuis le chant du coq

Et le morne est bien haut qui mène à leur école.

Seigneur, je ne veux plus aller à leur école,

Faites, je vous en prie, que je n'y aille plus.

 

Je veux suivre mon père dans les ravines fraîches

Quand la nuit flotte encore dans le mystère des bois

Où glissent les esprits que l'aube vient chasser.

Je veux aller pieds nus par les rouges sentiers

Que cuisent les flammes de midi,

Je veux dormir ma sieste au pied des lourds manguiers,

Je veux me réveiller

Lorsque là-bas mugit la sirène des blancs

Et que l'Usine

Sur l'océan des cannes

Comme un bateau ancré

Vomit dans la campagne son équipage nègre...

 

 

Seigneur, je ne veux plus aller à leur école,

Faites, je vous en prie, que je n'y aille plus.

Ils racontent qu'il faut qu'un petit nègre y aille

Pour qu'il devienne pareil

Aux messieurs de la ville

Aux messieurs comme il faut.

Mais moi, je ne veux pas

Devenir, comme ils disent,

Un monsieur de la ville,

Un monsieur comme il faut.

 

Je préfère flâner le long des sucreries

Où sont les sacs repus

Que gonfle un sucre brun autant que ma peau brune.

Je préfère, vers l'heure où la lune amoureuse

Parle bas à l'oreille des cocotiers penchés,

Écouter ce que dit dans la nuit

La voix cassée d'un vieux qui raconte en fumant

Les histoires de Zamba et de compère Lapin,

Et bien d'autres choses encore

Qui ne sont pas dans les livres.

Les nègres, vous le savez, n'ont que trop travaillé.

Pourquoi faut-il de plus apprendre dans des livres

Qui nous parlent de choses qui ne sont point d'ici ?

 

Et puis elle est vraiment trop triste leur école,

Triste comme

Ces messieurs de la ville,

Ces messieurs comme il faut

Qui ne savent plus danser le soir au clair de lune

Qui ne savent plus marcher sur la chair de leurs pieds

Qui ne savent plus conter les contes aux veillées.

 

Seigneur, je ne veux plus aller à leur école !

 

 

Poème de Guy Tirolien

Léopold Sédar Senghor

(éd.), Anthologie de la nouvelle poésie nègre de langue française,

Paris, Presses Universitaires de France, 1977, pp. 94-96



 

J'entre dans un mot

comme au creux d'une grotte creusée par d'autres,

où je peux vivre, moi aussi.

C'est cela une langue maternelle.

C'est une maison qui accueille.

Vous pouvez nicher tranquille.

Et c'est immense.

Ça n'a pas de frontière.

Il suffit d'apprendre.

Comprenez.

Apprendre peut être une merveille.

La langue ne vous demandera jamais votre carte d'identité.

Elle est là, disponible, dans la bouche de ceux qui vous parlent.

Et chacun de nous peut.

 

Jeanne Benameur

 

Comme on respire,  Éditions Thierry Magnier