Les ateliers de philosophie- AGSAS®

Un atelier de philosophe-Agsas conduit par Michèle Sillam
Un atelier de philosophe-Agsas conduit par Michèle Sillam

 

Encore un grand merci pour la formation que vous avez menée sur les Ateliers de Réflexion sur la Condition Humaine cette année. Elle m'a véritablement nourrie.

 

J'étais en formation CAPPEI et lors de notre troisième journée de formation, je n'avais pas commencé à mener ces ateliers avec les élèves.

Depuis je me suis lancée et c'est vraiment intéressant. Le sérieux des élèves, l'écoute et tout ce qu'ils ont à dire ou à écrire laissent les enseignants perplexes et intrigués.

Pour ma part, c'est un vrai moment avec eux comme j'avais envie d'en vivre.

Karine

 



"Dès l’école primaire le corps et la pulsion l’emportent de plus en plus sur la pensée."

 

« Nous ne pouvons plus guère espérer transmettre nos valeurs et nos connaissances aux nouvelles générations, de façon suffisamment utile et efficace, par rapport aux problèmes qu’ils auront à affronter, si nous ne changeons pas notre conception du statut social des enfants, si nous ne modifions pas notre façon de voir leur place dans la société, si nous ne les invitons pas à réfléchir avec nous sur la condition humaine. »

Jacques Lévine

 

En savoir plus...

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Le temps de penser la condition humaine.
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Animer des ateliers dans une classe..pdf
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Une vidéo pour découvrir ces ateliers...

La vidéo ci-dessous a été tourné auprès d'enseignant-e-s formé-e-s à la méthode de l'AGSAS qui ont fait le choix d'introduire des variables dans le protocole.

 

L'intitulé a ainsi été modifié au profit du terme "Atelier de réflexion sur la condition humaine" et un compte rendu écrit, rédigé par l'enseignant, est systématiquement proposé après chaque atelier.

Ce choix ne porte absolument pas atteinte à l'esprit et au cadre des ateliers de philosophie-AGSAS et il est intéressant de noter comment des animateurs et animatrices formé-e-s à la méthode mais de personnalités différentes , adoptent les mêmes postures et incarnent de façon singulière un même cadre...

Nous les en remercions.



 

Sur la plaquette de l'AGSAS, Association des Groupes de Soutien au Soutien, on peut lire :

 

Les ateliers philosophie agsas-Lévine visent le développement d'une pensée humaniste et s'inscrivent dans un cadre précis.

 

Ces ateliers sont proposés de l'école à l'université et dans des lieux publics, cafés, maisons de retraite, hôpitaux, prisons. La méthode est présentée chaque année à l’UNESCO dans le cadre de la journée mondiale de la philosophie.

Leurs spécificités

 

 Le but de ces ateliers n'est pas de transmettre des connaissances en philosophie aux élèves. La philosophie n'est pas au programme de l'école primaire.

Il n'est pas non plus, de favoriser un débat argumentatif ou à visée philosophique comme c'est le cas dans d'autres dispositifs.

Et si les enseignants constatent que ces ateliers favorisent une meilleure maitrise de langage chez leurs élèves et une amélioration de leurs capacités d'expression au fil du temps, c'est un effet secondaire particulièrement bienvenus. Mais ce n'est pas non plus l'objectif premier. Si les élèves s'évertuent à adopter un langage soutenu et de plus en plus précis, c'est qu'ils ont le désir de faire valoir la singularité de leur pensée et bien se faire comprendre...

 

Les ateliers de Philosophie agsas-Lévine ont pour objectifs spécifiques de :

  • Autoriser le questionnement de la condition humaine et l’exploration des énigmes de la vie.
  • Développer le sentiment d’appartenance à la communauté humaine.
  • Permettre aux élèves de faire l’expérience de leur propre pensée.
  • Placer les élèves en position d'équivalence potentielle et leur faire prendre conscience qu’ils sont tous des interlocuteurs valables.
  • Placer les élèves en situation de co-chercheurs et leur faire vivre l'expérience d'être apportants les uns pour les autres..

Dans ce dispositif, les élèves sont invités à passer d’une relation de verticalité avec les adultes et l'enseignant en particulier, à une relation d’horizontalité où chacun apporte sa contribution à la réflexion collective.

 


La philosophie à l'école...


La philosophie pour les enfants n’est pas un genre mineur de la philosophie. Il ne s’agit pas d’adapter le programme de la classe terminale à l’école primaire. La finalité des moments philosophiques instaurés en classe est de favoriser l’exercice de la pensée personnelle.

 

L’enfant, reconnu comme interlocuteur à part entière, accède, grâce à la médiation interrogative et facilitante du maître, au statut d’élève. Non l’élève qui se soumet aux attentes du pouvoir scolaire, mais celui ou celle qui s’élève. N’oublions pas qu’un enfant - en latin infans - signifie : l’être privé de parole. L’enfant n’est plus ici infantilisé, mais il prend son droit à la parole.

 

Le risque d’une telle entreprise est double : le mimétisme des adultes ou la confrontation d’opinions soclées affectivement, sur fond d’égocentrisme. Pour surmonter ce risque, il convient de dépasser la didactisation du dialogue. S’affirmer en parlant à l’autre n’est pas se conformer à un registre académique de discours.

 

Oser la parole c’est oser être, s’essayer à être. Pour ce faire, un problème doit être posé et identifié. Sa discussion requiert un souci d’argumentation et de communication.

Le rôle du maître est de fonder l’espace de cette discussion et d’inviter à un partenariat du questionnement.

 

Les élèves apprennent toujours des réponses à des questions qu’ils ne se sont jamais posées. Une communauté de chercheurs philosophes, c’est l’expression d’une quête de sens qui vivifie le désir de comprendre et donc d’apprendre.

Le reste n’est que pédagogie.

Gérard GUILLOT

7 novembre 1999



S'informer... Se former à la méthode AGSAS


 

Vous seriez intéressé.e.s par une formation aux ateliers de philosophie AGSAS et aux ateliers Psycho-Lévine ?

 

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La philo en milieu pénitentiaire

 

Dans le cadre d’un établissement pénitentiaire de la région Rhône-Alpes-Auvergne, nous proposons des ateliers de philosophie à des détenus. Notre action s’inscrit dans le cadre de la prévention des comportements violents.

Cet article met en lumière le développement de l’esprit critique à l’œuvre chez les détenus lors des ateliers philosophie.

Valérie Radawiec

Formatrice à l’ESPE de Lyon (Rhône)

 

François Guillouët

Professeur des écoles spécialisé, maison d’arrêt de Lyon (Rhône)


L'homme même prisonnier est un sujet pensant.

Des ateliers philo en prison, pour donner à chacun la possibilité de se construire, dans un univers si contraint, une pensée personnelle.

 

Au sein d’une maison d’arrêt de la région Auvergne-Rhône-Alpes, le dispositif relai prend en charge et accompagne des personnes détenues, au titre de la prévention de la récidive et de la lutte contre les violences. Ce dispositif est d’une durée de quatre mois environ, et associe différents partenaires dans l’établissement pénitentiaire : le service scolaire, le service pénitentiaire d’insertion et de probation, la psychologue, l’antenne d’addictologie, les personnels de détention.

 

Dans ce cadre, nous assurons quatre ateliers de philosophie d’une durée de trois heures. Les thématiques abordées sont la perception et la connaissance, le temps, la liberté, le désir et autrui. Elles sont en lien avec les problématiques explorées par les autres partenaires du dispositif. Nos ateliers philosophie prennent appui sur les travaux de Michel Tozzi, dans le cadre de la discussion à visée philosophique.

 

Le penseur, Auguste Rodin
Le penseur, Auguste Rodin

Ne pas se fier à ce qu’on voit


 

En début de séance, nous procédons à l’émergence des représentations des participants sur la perception. À partir de cette carte heuristique, nous leur proposons quelques illusions d’optique, et leur demandons de formuler leurs observations, ressentis et questionnements. Les participants se montrent en capacité de livrer une conclusion provisoire : « Les sens peuvent nous tromper. » Grâce à une guidance adaptée, nous élaborons collectivement la problématique de la séance : « Le monde perçu est-il le monde réel ? ».

 

 

 

Nous réfléchissons ensuite, à partir d’un texte de Bertrand Russel, sur la distinction entre apparence et réalité. En cours de lecture, nous renvoyons les participants à leurs propres expériences. À l’interrogation de Russel, « si donc nous ne pouvons nous fier à ce que nous voyons à l’œil nu, pourquoi croire à ce que nous montre le microscope ? », ils émettent un positionnement personnel que nous les incitons à expliciter. L’apport d’illusions d’optique variées, et d’éléments quotidiens observés au microscope (grain de sel, cheveu, pointe de stylo-bille) provoque un étonnement propice au questionnement philosophique. À noter, la remarque socratique de l’un d’entre eux à propos des illusions d’optique : « Ce que je vois, c’est que je ne vois rien ! »

 

Nous explorons alors le bienfondé de certains stéréotypes et opinions, en soulignant la notion de point de vue. Afin de faire comprendre à quel point les stéréotypes et opinions communes sont légion, nous leur demandons d’émettre des propositions quant à diverses assertions telles que « Dominique (un homme) gagne bien sa vie » et « Dominique (une femme) gagne bien sa vie ». Nous les confrontons ensuite, ce qui permet à chacun des participants de prendre conscience des écarts entre les diverses réponses. Les interactions au sein du groupe aboutissent parfois à des discussions parallèles qui n’en sont pas moins intéressantes, comme l’égalité entre hommes et femmes, l’utilité du vote. La conception souple de la séance permet d’approfondir certaines propositions, de déconstruire quelques stéréotypes.

 

 

 

Grâce au cadre contenant et rassurant de l’atelier de philosophie, les apprenants s’expriment en toute confiance et authenticité. Nous constatons régulièrement qu’ils utilisent un langage pauvre et réducteur, celui de la détention. Nous observons aussi une réelle frustration lorsqu’ils n’arrivent pas à utiliser les termes adéquats pour formuler leur pensée. Les notions apportées au cours de la séance (perception passive et perception active, apparence et réalité, opinion et stéréotype) les aident à adopter un vocabulaire précis, favorable à la construction d’une pensée structurée. Peu à peu, au travers des ateliers philosophie, ils se ressentent comme sujets pensants, en capacité d’assumer un « je », favorisant l’abandon d’une pensée monolithique. C’est un réel étonnement pour eux de constater que leur pensée est différente de celle des autres.

 

Les critères du boudin


 

La prison est un milieu où l’on appréhende les choses sans nuance. L’atelier de philosophie, par des apports langagiers, aide les détenus à sortir d’un dualisme réducteur, en réintroduisant de la finesse au niveau de leurs positionnements. Ainsi, les propos homophobes particulièrement violents sont nuancés grâce à un questionnement réflexif du type « Avez-vous choisi d’être hétérosexuel ? ». L’argumentation produite sur la liberté de leur orientation sexuelle, et le fait de les questionner sur les orientations légales à adopter en la matière les amènent à se décentrer suffisamment pour être en capacité de se poser des questions inédites.

 

 

 

Autre exemple, au sujet du rôle de méchant joué en détention pour survivre, un participant nous affirme que tous les détenus portent un masque. Puis il pose la question suivante : « Ne risque-t-on pas un jour de devenir le masque que l’on porte en détention ? » De fait, l’atelier de philosophie semble être l’endroit propice à la réhumanisation de chacun ; il est étonnant de constater à quel point les participants sont surpris de se réapproprier une pensée individuelle, dans un lieu où s’exerce souvent une pensée unique. Notre rôle d’enseignant est de favoriser le dépassement d’un « langage égocentrique » (Lev Vygotsky), afin de comprendre que les autres ne sont pas des clones de soi, mais des sujets pensants uniques.

 

 

 

Un autre jour, à la question « Est-ce que l’on choisit de tomber amoureux ? », l’un des participants répond de façon péremptoire : « Moi, je ne sors pas avec des boudins. » Nous lui demandons alors de préciser les caractéristiques essentielles d’un « boudin ». La confrontation des représentations et les divergences dans le groupe sont fructueuses. La question qui fera basculer ses certitudes est : « Toutes les compagnes de vos amis sont-elles des canons de beauté ? Et pourtant, ils en sont amoureux ? » Il se montre alors embarrassé, car il lui semble difficile d’imaginer le regard de ses amis sur leurs compagnes, puis le regard que l’on peut porter sur ses propres choix esthétiques. L’embarras et la suspension de son jugement momentané l’amèneront à reformuler de façon radicalement différente son affirmation première.

 

 

 

Le regard des autres, JC. Apert
Le regard des autres, JC. Apert

 

Enfin, nous tenons à souligner la richesse du silence au cours des discussions à visée philosophique. Si ces temps semblent être source d’angoisse pour certains, ils se révèlent particulièrement signifiants pour la communauté de chercheurs. Ils relient les membres du groupe, en les invitant à une introspection propice à la réflexion. Ces silences partagés structurent et donnent ensuite plus d’importance à la parole.

 

Dans un lieu où la prise d’initiative est particulièrement restreinte, où l’individu perd son autonomie, où, pour survivre, il doit se conformer à un langage unique et à des postures dominantes, l’atelier de philosophie permet de créer un espace-temps intermédiaire où chacun prend conscience de son individualité, de sa singularité, et va à la rencontre de l’autre.

 

Valérie Radawiec et François Guillouët

 

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L'homme même prisonnier est un sujet pensant
Article de Valérie Radawiec et François
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Cet article a été publié dans la revue "Les cahiers pédagogiques" :

http://www.cahiers-pedagogiques.com/L-homme-meme-prisonnier-est-un-sujet-pensant